Bruxelles/Lausanne - Regards croisés - 5/10
Protection renforcée lors des travaux — importance de la cohérence
Les villes vivent et se transforment : les arbres et leurs racines se fraient un chemin dans le sous-sol où l'espace se restreint au rythme des infrastructures enterrées : canalisations, fibre optique, câbles divers. Les divers travaux de construction peuvent endommager considérablement le système racinaire des arbres et, s'il n'est pas protégé avec adéquation, l'arbre s'affaiblit et finit souvent par dépérir.
Pour les travaux, les deux villes disposent d’une réglementation précise sur la manière de protéger les arbres lors de travaux : interdiction de fouilles près du tronc, protection physique du tronc, prévention de la contamination du sol, travaux dans la zone racinaire…
Lausanne s’appuie sur une norme nationale (VSS 40577)(1) publiée par la Verband Schweizer Strassenbau und Verkehrswesen. Le VSS est une organisation indépendante et autonome à but non lucratif qui s’engage depuis plus de 100 ans pour des transports durables et sûrs en Suisse. L’association repose sur une composition équilibrée d’environ 500 professionnels bénévoles issus de l’industrie, des pouvoirs publics, de la formation, de la recherche et d’organisations non gouvernementales. Cette structure mixte permet au VSS de travailler en partenariat avec les autorités tout en conservant son indépendance organisationnelle et décisionnelle.
À Bruxelles, seuls les 37'000 arbres de voiries régionales gérés par Bruxelles Mobilité sont formellement protégés lors de travaux. Ils sont repris dans la base de données KLIM-CICC(2), au même titre que les câbles, conduites et canalisations publiques à proximité d’un chantier. Tout maître d’ouvrage est tenu d’y déclarer ses travaux dès lors qu’ils ont un impact sur la voie publique. Il reçoit alors automatiquement un document technique élaboré par Bruxelles Mobilité (Règlement Technique – R5)(3), qui décrit en détail les mesures de protection des arbres à mettre en œuvre pendant les travaux.
Les arbres communaux — comme les 19'000 d’Anderlecht, les 14'000 d’Uccle, les 12'000 de Schaerbeek, les 7'000 d’Ixelles en sont exclus, faute de coordination. La protection de la grande majorité des arbres de voirie à Bruxelles est donc déléguée à chacune des 19 communes. Bruxelles Environnement commence à intégrer des prescriptions de protection lors de certains chantiers (parcs, espaces verts), mais avec un niveau de contrainte et de systématicité inférieur à celui du R5/KLIM-CICC de Bruxelles Mobilité.
Dans ce domaine également, le constat s’impose : le morcellement des compétences en Région de Bruxelles-Capitale et l’absence de coordination formelle effective région-communes empêchent un cahier technique remarquable de faire norme. Cette action offrirait pourtant aux arbres urbains une protection administrative forte : leurs racines seraient ainsi considérées à travers tout le territoire au même titre que les conduites de gaz.
>>> Épisode suivant (6) : Lausanne alimente un fonds des arbres dédié en imposant des valeurs financières strictes pour chaque arbre abattu, tandis que la Région bruxelloise laisse ces mesures à l'appréciation aléatoire des autorités. >>>
Sources
(1) https://www.vssg.ch/public/upload/assets/3676/241122_USSP_ProtectionArbres_FR_digital.pdf?fp=1
(2) https://klim-cicc.be/
(3) https://data.over-blog-kiwi.com/6/98/71/46/20250416/ob_94484f_reglement-technique-r5-travaux-aut.pdf
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