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Publié par Anne Bonew

Bruxelles/Lausanne - Regards croisés - 6/10

La compensation : pragmatisme et limites

Le botaniste Francis Hallé dénonce la plantation compensatoire comme une « triple arnaque ». Paysagère, financière, écologique : rien ne remplace un vieil arbre sur le plan paysager, les jeunes arbres coûtent cher à l’achat, à la plantation et à l’entretien, la captation des polluants n’est plus la même.

Pourtant, Lausanne l'impose dans son Plan d'aménagement Général(1) : tout abattage est compensé(2) en priorité par des plantations (suivant une liste d'essences définie) assorties de valeurs d'impact (de 500 à 65'000 francs suisses) basées sur l'âge, la santé et l'intérêt paysager de l'arbre. Ces valeurs sont confirmées par une visite sur site, en suivant les directives de l’Union Suisse des Parcs et Promenades. Des mesures alternatives (arbustes, biotopes) sont possibles, jusqu'à 30 % de la valeur compensatoire totale.

En Région de Bruxelles-Capitale, rien de tel n'existe : Bruxelles Environnement est actuellement en train de réfléchir à la mise en place de tels mécanismes via le futur Plan Renature mais, selon les déclarations récentes(3) de la Secrétaire d’État à l'environnement, cet aspect des choses n'est pas encore à l'ordre du jour.

Le plan ne définira pas les mécanismes de compensation. L'élaboration d'une méthode cohérente et exhaustive pour l'ensemble de la surface végétalisée et certains habitats d'espèces protégées est en cours.

Ans Persoons

En attendant, les  mesures compensatoires sont laissées à l'appréciation des autorités communales ou régionales lors de l'attribution des permis d'abattage, d'urbanisme et d'environnement. Il n'existe à l'heure actuelle aucune norme de référence publique. Pour estimer la valeur des arbres, les communes utilisent une variété de méthodes(4) :

  • soit le barème ABGP (Association bruxelloise des gestionnaires de plantations)(5)
  • VVOG (Vereniging voor Openbaar Groen)(6) ou
  • le CCT 2015 (une ancienne version du VVOG) 
  • le BEVA (Barème d'évaluation des dégâts)(7) 
  • une méthode d'évaluation interne

De plus, aucune base de données accessible au public ne renseigne les plantations, encore moins les plantations compensatoires. Tout au plus, retrouve-t-on de façon non-systématique dans la base de données openpermits.brussels le nombre d'arbres demandés en compensation de certains abattages et quelques données déclaratives émanant soit des responsables communaux ou régionaux ou d'associations privées qui plantent des arbres comme les Bûûmplanters, organisation liée au groupe de grande distribution Colruyt.(8)

Boucler la boucle avec le Fonds des arbres créé dès 1984

Si, à Lausanne, on préférera toujours préserver un arbre ou compenser l'abattage par des plantations, certaines situations ne le permettent pas. La ville s'est dotée d'un mécanisme de compensation financière, le Fonds des arbres(9).

Créé en 1984, et renforcé en 2019, il stipule que tout arbre abattu non remplacé sur place entraîne une contribution versée au fonds, affectée exclusivement à des plantations de compensation et de restauration (article 60 du Plan Général d'Aménagement). 

La démarche est bien évidemment critiquée : par les maîtres d’œuvre qui la considèrent comme un frein au développement immobilier, par certains citoyens qui préféreraient voir « leur » arbre remplacé à 20 m plutôt que de savoir qu’un autre a été planté à 3 km...

Un chêne chevelu (Quercus cerris), noté A dans la liste des essences, de 4 mètres aura une valeur de CHF 5'730 selon la tabelle. Cette dernière tient compte de la fourniture de l’arbre et des frais de plantation et suivi.

Ville de Lausanne

Attribuer des valeurs monétaires au vivant est une démarche controversée, elle n'en reste pas moins un outil de gestion du patrimoine arboré parmi d'autres. Celle de Lausanne a le mérite de fonctionner en "circuit fermé", en "cercle vertueux" : les fonds récoltés sont exclusivement consacrés au maintien et à l'augmentation du patrimoine arboré de la ville.

Un tel mécanisme structuré n'existe pas en Région de Bruxelles Capitale où l'on préfère attribuer des subsides et des budgets pour les arbres remarquables, des opérations des opérations « plantations » ou des projets de verdissement(10) : initiatives louables, certes, mais qui consacrent, une fois de plus, l'éparpillement des ressources et un manque de vision à long terme.

Bruxelles/Lausanne - Regards croisés - 6/10

Sources

(1) https://www.lausanne.ch/dam/jcr:1d0dddd5-ad74-4bbc-ac15-e0050bd315d3/PGA_reglement.pdf

(2) https://www.lausanne.ch/prestations/parcs-et-domaines/demande-abattage-arbres.html

(3) http://weblex.brussels/data/crb/biq/2025-26/00086/images.pdf#page=40

(4) Consultation des communes bruxelloise sur la gestion du patrimoine arboré, mars 2026, Apis Bruoc Sella / Bruxelles Environnement, page 12, détails sur demande

(5) ABGP http://weblex.brussels/data/crb/biq/2022-23/00087/images.pdf

(6) VVOG https://www.vvog.info/waardebepaling

(7) BEVA : https://www.baremedelarbre.fr/

(8) https://static1.squarespace.com/static/5fba995ca29f7914ed570c76/t/6807520e660c45182a0a6bad/1745310224806/Tussentijds+rapport+Colruyt+Group+April+2025+-+website.pdf

(9) https://www.lausanne.ch/prestations/parcs-et-domaines/demande-abattage-arbres.html

(10) https://brulocalis.brussels/fr/outils/bonnes-pratiques/projet-arbres-et-kleinpetitfruit

 

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