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Publié par Anne Bonew

Bruxelles/Lausanne - Regards croisés - 3/10

Stratégie unifiée vs compétences fragmentées

La "Stratégie municipale pour le patrimoine arboré et forestier lausannois"(1) fixe un cadre d’action pour mieux prendre en compte les arbres dans tous les projets de développement de la ville. Elle s’articule en plusieurs axes :

  • outils réglementaires,
  • renforcement de la qualité de la gestion, 
  • sensibilisation du public et
  • intégration de l’arbre dans l’urbanisme.

Natacha Litzistorf, directrice du logement, de l'environnement et de l'architecture, incarne cette transversalité. Commentant la loi cantonale entrée en vigueur à Lausanne qui impose aux architectes et autres ingénieurs de prendre en compte le patrimoine arboré existant avant de concrétiser un projet urbain, elle précise :

Les professionnels devront conserver au mieux les arbres existants sur la parcelle où ils prévoient de construire.

Natacha Litzistorf, directrice du logement, de l'environnement et de l'architecture

En Région de Bruxelles-Capitale, les communes, qui gèrent une grande partie des arbres du domaine public, associent rarement compétences environnementales et urbanistiques.

Au niveau Régional, elles sont clairement dissociées et réparties entre Urban.brussels (urbanisme, développement urbain, protection des arbres remarquables), Bruxelles Mobilité (gestion des voiries régionales) et Bruxelles Environnement (politiques environnementales et gestion des parcs régionaux).

Qui gère les arbres du domaine public bruxellois ?

Bruxelles Environnement (Région)(2) 49.000 arbres 21 %
Bruxelles Mobilité (Région)(3) 31.000 arbres 14 %
19 Communes(4) 150.000 arbres 65 %
Total des arbres dans le domaine public 230.000 arbres  

 

A Bruxelles, un citoyen qui s’inquiète d’un arbre dans son quartier ou qui souhaite demander la plantation d'arbres dans sa rue, va logiquement contacter sa commune pour poser ses questions. Mais, si l’arbre ou la voie est géré par Bruxelles Mobilité ou Bruxelles Environnement ou Urban, il n'obtiendra pas de réponse : il est en effet fort rare que les communes prennent elles-mêmes ce relai en charge. S’il doit s’adresser aux institutions régionales, c’est un parcours du combattant de longue haleine pour obtenir le moindre renseignement. Si l’arbre ou la voie est géré par sa Commune, le citoyen a de la chance(5). Cette fragmentation des responsabilités est non seulement décourageante, elle cultive l'impuissance citoyenne et met littéralement le patrimoine arboré bruxellois en danger.

Le manque de coordination entre les communes et la région saborde les efforts

La Commune d’Uccle inventorie ses arbres communaux avec minutie et implémente une politique de 1 arbre abattu – 1 arbre planté. Pour la période 2015-2023 : 4.969 replantations contre 4.129 coupes. Bilan positif. Au niveau communal. Pourtant, sur la même période, ce sont 12.780 arbres qui ont été condamnés à Uccle. La différence (soit 60%) sont des coupes liées à des projets régionaux sur lesquels la Commune n’a pas de prise. Résultat : perte de couverture arborée de 8 % entre 2016 et 2023. Les Ucclois subissent la situation dans l’incompréhension.

Disparité organisationnelle entre les communes

De plus, au sein des 19 communes bruxelloises, on constate une disparité organisationnelle : 13 communes disposent d'un référent arbre dont les missions principales sont la gestion des avis et permis d'abattage, le suivi phytosanitaire, l'élaboration de plans et de stratégies, l'entretien du patrimoine arboré. 10 d'entre eux exercent aussi d'autres missions telles que la gestion de l'éclairage public, le suivi administratif de marchés publics, etc(6) Cette disparité reflète l'absence de vision régionale partagée, ou, à tout le moins, l'absence de vision partagée sur la manière de mettre en œuvre la protection du patrimoine arboré bruxellois. 

A l'heure actuelle, où les questions de développement de la ville ne peuvent plus être séparées de celles liées à la santé et donc à la présence de la nature en ville, cette fragmentation des compétences paraît anachronique. Lausanne, par contre, a compris l'importance de l'intégration de l'arbre dans la fabrique de la ville en l'incluant dans les missions de logement et d’urbanisme. 

>>> Épisode suivant (4) : A Bruxelles, comme à Lausanne, abattre un arbre adulte nécessite une autorisation. Mais là où Lausanne fait de l'abattage une exception, Bruxelles le banalise. Et si tout commençait pas la façon de poser la question ? >>>

Bruxelles/Lausanne - Regards croisés - 3/10

Sources

(1) https://www.lausanne.ch/dam/jcr:fb662481-2ce2-4f6c-9b96-2e40d8e4ae94/Strategie-patrimoine-arbore.pdf

(2) https://geodata.environnement.brussels/client/view/eef335e3-fb5b-4b46-983a-0df333f6191b/feature/c7abda92-a7c2-4be6-b7ba-d92d69303ace/864

(3) https://data.mobility.brussels/fr/info/trees/

(4) recherche POWER4trees, détails sur demande

(5) qui fait quoi : https://forest.irisnet.be/fr/themes/proprete-espace-public-urbanisme/voirie-communale-ou-regionale

(6) Consultation des communes bruxelloise sur la gestion du patrimoine arboré, mars 2026, Apis Bruoc Sella / Bruxelles Environnement, détails sur demande

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